Ceci est le livre que j’ai le plus conseillé à mes collègues, à mes clients, à mes amis dans les dernières semaines. Chers et chères contacts Linkedin, lisez-le s’il vous plaît, c’est un livre transformateur.
Un peu comme il s’est passé quand j’ai lu « Subtract » de Leydie Klotz (et cet été j’ai en programme la lecture de « In a Good Place », le nouveau) c’est un des livres qui ont produit pour moi un « avant-après », qui m’ont fait réfléchir, qui ont résonné le plus avec mes pratiques professionnelles au point d’en avoir lu et relu des morceaux jusqu’à presque les apprendre par cœur. La mort, comme je pense pour tout le monde, me fait très peur. Et je me rend compte dans mon travail de consultante et dans son sens plus général, qu’elle fait très peur aussi à mes clients. On s’attache à des projets, à des personnes, on n’est pas trop formaté pour laisser mourir les choses tranquillement.
Abdel Aouacheria, chercheur CNRS en biologie de l’évolution, raconte dans son livre l’apoptose, un mot fascinant qui m’a rappelé des vagues souvenirs de biologie.
Il s’agit de ce mécanisme par lequel certaines de nos cellules meurent, non pas par accident ou par usure, mais parce qu’elles sont programmées pour le faire, au bon moment, au bon endroit. C’est l’apoptose qui sculpte nos mains en séparant les doigts chez l’embryon, qui referme le tube neural pour former la moelle épinière, qui renouvelle nos tissus chaque jour sans qu’on s’en aperçoive. Sans cette mort-là, bien précise et organisée, nous naîtrions difformes et nos organismes se couvriraient de cellules qui refusent de partir. Est-ce que la vie pourrait exister comme nous la connaissons sans apoptose ?
Pendant toute la lecture (et je l’ai dévoré !) je ne pouvais pas m’empêcher de faire des parallèles avec mon travail (et ma vie aussi). En fait, quand l’apoptose se dérègle, les cellules cessent de mourir alors qu’elles le devraient, mais, et c’est là la surprise, on n’obtient pas la vie éternelle ! On obtient, à la place, un cancer. Des cellules qui s’accrochent, qui prolifèrent sans plus rien produire d’utile, qui finissent par asphyxier l’organisme entier au nom, précisément, de leur propre survie.
J’ai pensé à beaucoup d’équipes, de comités de direction, et d’organisations que j’ai connus, qui passent beaucoup de temps à parler de « transfo » « changement » en s’accrochant en même temps à ce qui ne fonctionne plus : des processus obsolètes (ou même fraichement adoptés mais qui, c’est clair, ne vont pas fonctionner, cela est le plus triste), des modèles de leadership « agi » (et non pas simplement « déclaré », car dans les déclarations c’est facile de promouvoir un leadership « gentil », « authentique », « de service ») qui produisent, dans la réalité, de la toxicité et de l’épuisement inutile pour les équipes, des rituels vidés de sens…Dans un système naturel, en biologie, on appellerait cela un dérèglement.
Ce que ce livre m’a rappelé, c’est que la régénération n’est pas du tout le contraire de la mort, mais elle en est plutôt le produit. Nous ne régénérons pas nos organismes, équipes, organisations, le Monde, en accumulant, en augmentant, en tenant en vie artificiellement et indéfiniment ce qui existe déjà. La régénération a besoin de la mort, au bon moment et de la bonne manière ; elle a besoin que ce qui a déjà rempli sa fonction puisse être laissé partir, laissé mourir – comme dirait Otto Scharmer dans la ThéorieU.
C’est exactement un des principes sur lesquels nous avons basé notre atelier et notre jeu ReSet : l’intention est celle de donner aux équipes les moyens de nommer ce qui doit être laissé mourir, pour que quelque chose d’autre puisse authentiquement naître, pour que ce qui a été et qui ne remplit plus sa fonction puisse composter, exactement comme il se passe en biologie avec l’apoptose. L’idée, plutôt que de laisser cette mort se faire n’importe comment, sous forme de crise, de burnout ou de départ brutal, c’est de pouvoir l’accompagner et célébrer ce qui a contribué à la vie mais qui n’est plus vitale maintenant.
Aouacheria écrit que la mort, en biologie, n’est pas la négation de la vie mais l’une de ses conditions de possibilité.
Ma pratique professionnelle me prouve, au quotidien, que cela est vrai aussi pour nos organisations, et que la vraie question à se poser quand on pense, par example, à l’innovation, n’est peut-être pas « qu’est-ce qu’on doit construire » « qu’est-ce qu’on doit ajouter, créer, inventer, pour mieux performer », mais d’abord « qu’est-ce qu’on doit enfin laisser mourir, proprement, pour que le reste puisse pleinement sentir que la vie jaillit et que la nouvelle vie ne soit pas étouffée par ce qui ne sert plus ».
Partager :
- Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
- Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
- Partager sur Threads(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Threads
- Partager sur Bluesky(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Bluesky
- Partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre) WhatsApp
- Partager sur Telegram(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Telegram
- Partager sur Mastodon(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Mastodon
- Envoyer un lien par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre) E-mail