« N’ayez pas peur de vous tromper, soyez à fond, prenez du plaisir… même si on se trompe l’important c’est d’être à fond ! Le public pardonne aux gens sympas, pas à ceux qui restent là paralysés sur scène. »
« N’ayez pas peur de vous tromper, donnez le meilleur de vous-même, amusez-vous… même si on se trompe, l’important est de se donner à fond ! Le public pardonne aux gens sympas, pas à ceux qui restent paralysés sur scène. »
C’est par ces mots qu’Astryd Cottet, chef de chœur à l’École de musique de Fontainebleau, nous a préparés à notre première montée sur scène.
Elles m’ont immédiatement frappé. Pour l’encouragement à prendre du plaisir qu’elles contenaient et pour la manière dont elles redéfinissaient l’erreur : non plus comme une menace à éviter à tout prix, mais comme une possibilité inhérente au processus même de l’expression de soi. L’erreur non pas comme un échec, mais comme une étape, qui, si elle est traversée avec authenticité et enthousiasme, peut même faire partie de l’expérience.
Sur scène, j’ai ressenti ce mélange d’adrénaline et de peur qui accompagne chaque représentation. Pourtant, les conseils du la directrice résonnaient dans ma tête : « soyez à fond, prenez du plaisir ». Chanter avec conviction, avoir confiance en moi, rester dans le rythme, accepter la possibilité de trébucher, de perdre le ton, de rater une entrée, était plus important que d’essayer désespérément d’être parfaite.
Et chanter dans une chorale signifie que, même si je fais une erreur, je peux me sentir soutenu par le groupe et reprendre là où je me suis arrêtée comme si de rien n’était. C’est précisément lorsque nous nous permettons consciemment le luxe de faire une erreur que nous pouvons aussi découvrir quelque chose de nouveau : une note inattendue qui ajoute de la couleur à l’harmonie, une déviation qui ouvre de nouvelles voies, une variation qui ouvre une nouvelle interprétation.
Surtout, nous pouvons apprendre à faire des erreurs sans être paralysés par la peur ou la honte, en se disant simplement « j’ai fait une erreur, qu’est-ce que j’ai appris ? » et aussi « nous avons fait une erreur ensemble, que ferons-nous la prochaine fois ? ».
Je me retrouve souvent à travailler sur cette question dans les organisations en ce moment. Et parfois j’observe que, si dans les déclarations d’intention l’erreur doit être tolérée, exaltée, analysée, voire recherchée car nécessaire à l’apprentissage, dans la réalité elle a souvent très mauvaise réputation, surtout dans un monde qui récompense la perfection et l’efficacité – l’écart classique entre les principes et les actes théorisé par Edgar Schein.
Mais si nous essayions de le voir vraiment avec des yeux différents ? Et si nous l’accueillions comme un allié, un mentor qui nous guide vers une compréhension plus profonde de nous-mêmes et de nos capacités ?
Car non seulement le fait de « faire des erreurs » peut libérer de nouvelles possibilités insoupçonnées, mais, en acceptant réellement les erreurs comme une possibilité, nous réduisons considérablement le niveau de stress, le mauvais climat dans l’équipe, les congés maladie et donc, naturellement, nous favorisons, à moyen et long terme, le bien-être, la performance et la résilience.
Une autre leçon précieuse que j’apprends de ces mois de chant, liée à la possibilité de faire des erreurs, est l’encouragement à ne pas utiliser la partition. J’ai beaucoup de mal à m’en débarrasser, à risquer de ne pas me souvenir des paroles ou des notes, surtout quand il n’y a pas de paroles et qu’en tant qu’alto, je me retrouve à ne rien faire d’autre que de « uhuhuhuhu » pour accompagner le reste de la chorale.
Mais finalement, la découverte du flow arrive et le plaisir d’être « dans » la musique compense quelques fausses notes… au final, ce plaisir est l’un des ingrédients d’un meilleur résultat.
Dans les organisations, la peur de se tromper est souvent le plus grand obstacle à l’innovation. Les équipes qui se sentent obligées d’éviter de faire des erreurs finissent par répéter des schémas sûrs, en utilisant strictement la partition, et en évitant de prendre des initiatives.
Au contraire, les groupes où règne une véritable sécurité psychologique, où les gens se sentent libres de s’exprimer sans craindre d’être jugés, sont ceux qui osent, expérimentent et trouvent des solutions originales. Ce sont les groupes où l’on peut admettre ses erreurs, où les erreurs individuelles et collectives sont analysées ouvertement sans blâme, récrimination ou ressentiment, mais plutôt de manière très professionnelle, avec un processus de débriefing et d’apprentissage approprié, en accueillant l’erreur afin de la transformer en un terrain fertile pour la prochaine itération.
En d’autres termes, cela nous invite à abandonner le vieux modèle mental selon lequel « le succès est bon, l’erreur est mauvaise », mais plutôt à considérer les deux comme des expériences égales à partir desquelles nous pouvons apprendre à donner le meilleur de nous-mêmes.
Et c’est là qu’intervient le leadership. Tout comme notre fantastique Astryd, qui nous a encouragés à oser et à faire des erreurs sans crainte, le leadership devrait avoir pour fonction de contenir différentes émotions, de guider la création d’un environnement sûr dans lequel les équipes peuvent librement faire des erreurs, être désaccordées, s’écarter de la partition, revenir chanter ensemble…
Il ne s’agit pas d’encourager la négligence, mais de créer un espace où les erreurs sont considérées pour ce qu’elles sont : une étape nécessaire dans le processus d’apprentissage, d’innovation et de régénération de la pensée.
Car au final, en musique comme dans les organisations, ce qui compte vraiment, ce n’est pas l’absence d’erreurs, mais la capacité à avancer avec confiance, en transformant chaque obstacle en opportunité de croissance.
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